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Voyage au bout de l'extrême droite
18/05/2016

Dans la cinquième et ultime partie, appelée « Contributions thématiques et analyses transversales », on en revient au français. Indépendamment de trois recherches totalement inédites issues de thèses de doctorat en cours à l'université de Liège, elle plonge dans l'étude d'un vieux mais  toujours vivant fantasme complotiste : la théorie du complot judéo-maçonnique. Est-il besoin de rappeler que ce mythe a un lien fort avec l'extrême droite ? Les Protocoles des Sages de Sion, célèbre faux antisémite d'abord écrit en langue russe à Paris en 1897-1898 par les services de la police secrète du tsar – l'Okhrana –, étaient censés révéler l'appétit de pouvoir des Juifs sur le monde, les francs-maçons étant associés à ce projet planétaire. A sa façon, ce texte apocryphe (1905), prétendant se fonder sur le programme élaboré par les autorités politiques et religieuses de la communauté juive réunies à Bâle du 29 au 31 août 1897 à l'occasion du premier Congrès sioniste, a constitué, jusqu'à nos jours, un des fondamentaux de l'idéologie d'extrême droite. 

Race, culture et islam

Au final, quels sont les invariants ou traits spécifiques saillants qui se dégagent de cette extrême droite relativement protéiforme ? Au-delà des particularismes, il y a avant tout l'attitude d'hostilité vis-à-vis de certaines minorités ou certains groupes, systématiquement considérés comme menaçants pour l'intégrité du groupe d'accueil majoritaire. Ils sont prétendument dangereux parce que perçus comme ethniquement et culturellement différents, donc inassimilables en raison même de leur détermination par le groupe d'origine dont ils sont issus. Les voilà rendus responsables des maux d'une société donnée : on aura reconnu là la traditionnelle logique du bouc émissaire.

Mais les raisons invoquées pour justifier ce rejet ont varié au cours du temps. Dans les années 30, l'heure était à la stigmatisation au nom de la « race » : dans l'Allemagne nazie s'était installé un antisémitisme d'État et l'Europe sous la botte hitlérienne avait largement contribué à l'élimination du peuple juif vivant en son sein. Après la guerre, la mémoire de la Shoah aidant et grâce à la vigilance antifasciste autant qu'à la législature antiraciste naissante, plus question de s'en prendre à quelqu'un au nom de son appartenance « raciale ». Apparaît alors petit à petit un discours sur les cultures en apparence anodin, s'avérant à terme lourd de conséquences concrètes. La culture devient alors une « seconde nature », autrement dit un prolongement quasi physique de l'individu sur lequel celui-ci aurait peu de prise, voire pas du tout. Foin de l'origine « raciale » ou nationale ! Et place à la culture toute-puissante...

A partir des années 2000, et particulièrement après les attentats du 11-Septembre, les choses évoluent de nouveau. Cette fois, toujours selon l'extrême droite et les partis qui s'en rapprochent, c'est la religion – et singulièrement l'islam – qui pose un carcan sur certaines populations, redoutable contrainte qui les détermine et exclut chez elles toute forme de liberté. Les arguments évoqués passent dès lors de la critique de certaines « races » inférieures, ou de certaines cultures « incompatibles », à la critique des religions, et par extension de leurs adeptes. Voilà la religion musulmane frappée d'une condamnation irrépressible : ses pratiquants seraient incapables de s'adapter aux principes des démocraties occidentales, bref de séparer ce qui relève de la sphère publique et de ce qui relève de la sphère privée.

Muslims-carrying-bannersEnfin, si ces groupes inassimilables trouvent refuge dans les sociétés de tradition judéo-chrétienne, de « race blanche » bien sûr, il doit bien y avoir des passeurs, c'est-à-dire des responsables de l'immigration de masse. Ce sont les bureaucrates de l'Union européenne, pardi !,  et les élites nationales qui sont de mèche avec l' « étranger »... En termes plus mesurés, mais ne transigeant aucunement sur le fond qui soutient toute l'architecture de L'extrême droite en Europe, Jérôme Jamin conclut : « S'ils ne sont pas tous partisans de la théorie du complot sur l'islamisation passive et volontaire de l'Europe (la théorie de l'Eurabia), et s'ils ne rejettent pas tous l'Europe avec la même virulence, les partis étudiés dans cet ouvrage dénoncent de concert soit une complicité soit une connivence entre les élites et les étrangers, ceux-ci profitant des aides de celles-là au nom de l'idéologie dite du "multiculturalisme". »

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