Le site de vulgarisation scientifique de l’Université de Liège. ULg, Université de Liège

Archéologie : la somme
20/05/2014

Les sociétés contemporaines aussi

« Pour ma part, on m’a demandé d’être l’éditeur d’un des grands thèmes transversaux de l’encyclopédie : les relations, au sein des populations de chasseurs, entre culture et environnement. Ce que j’ai accepté avec l’aide de Rebecca Miller, collaboratrice à l’Université de Liège également. Toutes ces différentes contributions répondent en fait à une même question : quel est le mode d’adaptation des populations prédatrices à travers le temps ? Cela concerne donc aussi bien les populations de la préhistoire au sens classique du terme que les populations qui toujours aujourd’hui vivent sans écriture, comme par exemple les aborigènes d’Australie, les Boschimans d’Afrique du Sud, les pygmées, les Fidjiens, des populations du sud-est asiatique comme des populations de Bornéo, les Bouriates en Sibérie, etc. Cette prise en compte des populations actuelles était nouvelle pour moi ; cela a été la partie la plus exaltante du travail. »

L’humanité est la même partout, non seulement aujourd’hui dans l’espace mais aussi dans le passé. Pour Marcel Otte, ce que les archéologues étudient classiquement dans l’évolution des sociétés préhistoriques se reproduit dans les civilisations actuelles qui refusent l’écriture. Ce qui ne veut pas dire qu’elles sont incapables d’appréhender l’écriture. Il ne faut pas confondre capacité et réalisations ; il est fondamental de ne pas réduire une civilisation à ses seules réalisations. A ce propos, on pourra se référer à l’ouvrage de Marcel Otte paru en 2012 chez Odile Jacob, dans lequel il introduit l’esprit humain comme moteur de la destinée de l’homme, bien davantage que la biologie (lire L’aube spirituelle de l’humanité).

Rencontre

COVER La rencontre OtteAutre actualité pour Marcel Otte, la publication sous sa direction d’un ouvrage (2) consacré à la rencontre entre Neandertal et Cro-Magnon, « l’événement le plus important dans toute l’histoire du continent européen », comme il le définit. De quoi s’agit-il ? Du remplacement rapide des populations qui s’étaient constituées en Europe depuis des centaines de millénaires (Néandertal) par des vagues successives de populations venues d’Asie. Lesquelles forment donc la population ancestrale dont les Européens d’aujourd’hui sont issus. Plutôt que de rencontre, il faudrait sans doute parler de choc frontal car, comme l’écrit Marcel Otte dans son introduction à l’ouvrage, « un système de valeurs, ébranlé par la proximité d’un autre d’apparence plus puissant, ne se fige pas car il doute désormais de sa propre pertinence, il s’accommode, se transforme ou disparaît le plus souvent avec la population qui n’y croit plus ».

L’ouvrage, dont certains chapitres sont écrits en anglais, est bâti autour d’une présentation géographique, chaque chapitre montrant comment cette rencontre a laissé des traces en divers endroits de l’Europe et même au Proche-Orient, celui-ci ayant connu le même sort que le continent européen. « Au travers du continent, des réactions radicalement différentes se firent donc sentir, explique Marcel Otte, selon l’intensité prise par les traditions antérieures locales… ». Et Marcel Otte de conclure : « les succès remportés par cette modernité sont irréversibles et aux fondements des civilisations régionales ultérieures ». Si cette rencontre est si bouleversante pour l’Europe, explique le Professeur Otte, c’est parce que « avant elle, une seule population règne en Europe avec diverses ethnies très différenciées par leurs traditions profondément différentes et des manifestations spirituelles très riches. Après cette rencontre se succèdent des civilisations distinctes, dans leurs composantes, leurs durées et leurs mouvements géographiques ». 

(2) Neandertal/Cro-Magnon, la rencontre, sous la direction de Marcel Otte, Errance, 2014.

Page : précédente 1 2

 


© 2007 ULi�ge