Une espèce tropicale très invasive
Le moins que l’on puisse dire c’est que la Belgique, ce n’est pas précisément les Tropiques ! Le dernier facteur – l’environnement favorable – nous protégerait donc de l’émergence de maladies tropicales comme la dengue ou le Chikungunya. D’ailleurs, les chercheurs de l’IMT eux-mêmes semblent douter que la colonie de moustiques tigres observée cet été près d’Anvers soit capable de passer l’hiver. En outre, le nombre de personnes porteuses de ces virus est très faible en Belgique. Il est donc hautement improbable qu’un de ces moustiques rencontre une personne contaminée par la dengue ou le Chikungunya, qu’il la pique et qu’il aille ensuite transmettre le virus en piquant une autre personne saine. En Belgique, le risque de transmission « autochtone », comme disent les scientifiques, est quasi nul.
Pour l’instant… Car géographiquement, il semble bien que le danger se rapproche. La progression du vecteur, en tout cas, est fulgurante : parti de l’Asie du sud-est autour des années 80, le moustique tigre a envahi les cinq continents en vingt ans : USA (1985), Afrique du Sud (1989), Italie (1990), Nouvelle-Zélande (1999), France (1999), Belgique (2000), Espagne (2004), Allemagne (2007)… Avant 1970, selon l’OMS, neuf pays seulement avaient connu une épidémie de dengue. Ils sont plus de 100 actuellement ! Quarante pourcents de la population mondiale seraient désormais exposés au risque. Et l’Europe n’est plus à l’abri d’une flambée de dengue, estime l’OMS. Les premiers cas de transmission « autochtone » de dengue ont été enregistrés en France en 2010. Une première flambée du Chikungunya a frappé le nord-est de l’Italie en 2007.
Face à la montée évidente du risque, les chercheurs de Gembloux Agro-Bio Tech préconisent un plan de surveillance à long terme sur les sites identifiés comme des sites d’importation, notamment les dépôts de pneus ou les entreprises qui importent des bambous, et un traitement avec des pesticides biologiques lorsque des colonies sont détectées. « Mais ce ne sera pas suffisant, estime Slimane Boukraa. Il faudrait peut-être aussi envisager la désinfection des moyens de transport par lesquels transitent les marchandises incriminées, les pneus et les bambous. Il faut aussi développer une réponse collective au problème. Chacun d’entre nous peut agir pour essayer de contenir l’invasion. Comment ? En supprimant les réservoirs inutiles d’eau stagnante, qui sont autant de sites de ponte pour les moustiques invasifs : la petite brouette dans le jardin, un vieux cache-pot, un jouet en plastique… » Selon le chercheur, un effort particulier devrait aussi être entrepris dans les exploitations agricoles au niveau des abreuvoirs pour les bêtes ou encore en recouvrant d’une bâche les pneus utilisés pour l’ensilage.
Mais Slimane Boukraa en est convaincu : on n’a pas fini de parler du moustique tigre…