Gérer le risque
Les syndicats agricoles et les firmes commerciales ont coutume de dire que les agriculteurs meurent moins du cancer que l’ensemble de la population. Vrai !
Cependant, le Pr Schiffers rappelle qu’ils sont davantage victimes de maladies neurovégétatives spécifiques et de cancers liés à l’usage de pesticides (cancers de la prostate et hématologiques, maladies neurodégénératives comme « Parkinson », etc.), dorénavant bien documentés sur le plan scientifique.
Comment gérer les risques, de mieux en mieux connus et documentés ? Loin de prôner un principe de précaution trop souvent galvaudé, le phytopharmacien prône plutôt, en matière de gestion de risque, le « principe responsabilité ». « Le recours systématique aux pesticides est un choix technologique dont les méthodes d’évaluation ne permettent plus, aujourd’hui, d’évaluer ni d’imaginer valablement les conséquences et les implications. Or le choix du risque est délégué aux experts : on leur assigne cette mission du fait qu’eux, ils savent. Mais ce n’est plus vrai ! S’ils sont honnêtes, les experts doivent bien admettre qu’ils n’en savent pas assez sur certains effets délétères de ces produits.
Le modèle C’est le progrès, il faut s’incliner ne fonctionne plus, car il est trop technocratique et réductionniste ».
Par quoi le remplacer, dès lors ?
Par un modèle où le citoyen se réapproprie la décision. Ce modèle repose sur une plus grande pédagogie, une meilleure communication, une plus grande transparence des processus d’évaluation des risques des produits. Les firmes doivent communiquer tous leurs résultats de recherches, même ceux qui leur sont défavorables. Cela se pratique déjà partiellement aux États-Unis. On doit avoir accès aux chiffres précis et actualisés sur les matières actives utilisées par zone, par culture.
Alors seulement, le citoyen sera à même de percevoir le risque réel des pesticides (et, d’ailleurs, d’autres nouvelles technologies) et d’adhérer – ou non – au système de régulation chargé de le gérer. Le processus redevient ainsi politique, au sens noble du terme.
Par Philippe Lamotte
Pesticides : stop ou encore?
Les produits phytopharmaceutiques, anges ou démons?