Une usine portable de fabrication de médicaments
29/08/16

Typiquement, pour fabriquer les quatre médicaments en question, les firmes pharmaceutiques et leurs réacteurs batch ont besoin de plusieurs jours, au mieux. Le prototype créé par Jean-Christophe Monbaliu et ses collègues écrase le temps de réaction à 15-30 minutes…Le gain de temps est donc phénoménal ! Cette nouvelle technologie devrait bientôt être à l’origine d’une révolution pour l’industrie pharmaceutique, mais pas uniquement. Elle ne devrait pas remplacer les réacteurs macroscopiques batch mais plutôt les complémenter. « Pour 50 à 60% des réactions étudiées à ce jour, il y a un bénéfice de les faire en microfluidique mais pour les autres il n’y a pas vraiment d’avantage », précise le chercheur. « Cette nouvelle technologie permettra de faire nettement mieux et efficacement ce qu’on faisait auparavant. De manière plus raisonnée, plus contrôlée, plus sûr ». 

Une révolution au rythme de la miniaturisation

Cet outil vient élargir l’horizon du chimiste puisqu’il lui permet de considérer des conditions de réactions jusqu’ici tout à fait inaccessibles. « Comme on a un très bon contrôle de ce qui se passe au sein de ces réacteurs microfluidiques, on peut se permettre de faire de l’intensification des réactions. On peut chauffer plus fort. Les réactifs circulent et passent rapidement au sein des réacteurs, ce qui fait qu’il y a juste la réaction désirée qui se produit et pas de réactions secondaires », souligne Jean-Christophe Monbaliu. 

Pourquoi a-t-il fallu attendre des siècles pour voir une nouvelle technologie pallier les lacunes des réacteurs batch ? Tout comme en informatique, il a fallu attendre que l’état de la technique évolue pour avoir accès aux outils très particuliers nécessaires à la mise en œuvre des procédés microfluidiques. Comme par exemple des méthodes d’usinage qui permettent de graver des microcanaux. Chose qui est devenue de plus en plus abordable il y a une dizaine d’années. « Derrière l’unité de production portable construite au MIT, il y a un grand nombre de développements technologiques importants qui ont été effectués. Que ce soit en terme d’ingénierie ou en terme de chimie et de la façon dont un procédé à plusieurs étapes est réalisé », souligne Jean-Christophe Monbaliu. 

procede continu

Cette unité ne sera jamais commercialisée mais la technologie développée pour la construire est partiellement commercialisée par une start up du MIT. « Cela va bénéficier à l’industrie pharmaceutique et à toutes les autres applications en chimie », explique le scientifique. « Il y a une prise de conscience depuis 2007 de la nécessité de développer de nouvelles technologies pour produire des médicaments de manière beaucoup plus flexible. Le développement de procédés continus de microfluidique est une priorité pour l’industrie pharmaceutique ». Plus rapide, plus efficace, plus compacte, permettant un contrôle plus fin et de répondre à des variation de la demande sur le marché, la microfluidique ne peut que séduire les industriels. « On pourrait même étendre ce concept à la fabrication de médicaments pour les maladies orphelines », indique le chimiste. « C’est une des pistes à suivre maintenant car ces médicaments coûtent tellement cher à produire et le nombre de patients est tellement faible que les sociétés pharmaceutiques ne veulent pas investir dans ce domaine ». Cette nouvelle technologie pourrait donc amener ces sociétés à reconsidérer la préparation de médicaments orphelins. 

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