Le phénomène callipyge, une curiosité génétique
20/07/16

Défiant les lois mendéliennes de l’hérédité, le caractère callipyge observé chez certains moutons intrigue par son mode de transmission. Seuls les individus hétérozygotes, porteurs de la mutation responsable sur l’allèle paternelle présentent en effet les caractéristiques propres à ce phénotype: une hypertrophie musculaire. Ce phénomène est étudié depuis de nombreuses années au sein de l’Unité de Génomique Animale du GIGA de l’Université de Liège par l’équipe de Michel Georges. De nouveaux résultats ont été publiés dans la revue PLOS ONE.

Le phénomène callipyge est un mystère qui passionne les spécialistes en génétique. Apparu pour la première fois en 1983 aux Etats-Unis, ce phénotype s’observe chez les moutons et se caractérise par une hypertrophie musculaire. Les animaux au phénotype callipyge – qui signifie “jolies fesses” en Grec - ont une masse musculaire augmentée de 30%! Ce phénomène apparaît chez les deux sexes lorsque les agneaux ont environs un mois et résulte d’une plus grande proportion et d’un plus grand diamètre des fibres musculaires de type rapide. Ces dernières ont une force de contraction élevée mais une résistance à la fatigue faible, contrairement aux fibres musculaires lentes qui sont mobilisées pour des contractions de faible niveau mais très résistantes à la fatigue. “Les moutons callipyges seraient probablement de très bons sprinters”, s’amuse Haruko Takeda, post-doctorante au sein de l’Unité de Génomique Animale du GIGA de l’Université de Liège, dirigée par le Professeur Michel Georges. On pourrait également imaginer que les bêtes atteintes de ce phénomène représentent un avantage aux yeux des éleveurs vu la grande quantité de viande qu’elles offrent. “Malheureusement, la viande des moutons callipyges n’est pas tendre et n’est donc pas un met de choix”, explique Haruko Takeda. Le phénomène callipyge n’intéresse donc pas pour des raisons économiques mais bien parce qu’il s’agit d’une curiosité scientifique. 

Remonter du phénotype au génotype

Au début des années 90, une longue et fructueuse collaboration a démarré.  Michel Georges, alors à Genmark aux Etats Unis avait été approché par le Dr Noelle Cockett de Utah State University  aux Etats-Unis, pour l’aider à trouver le gène responsable du phénotype callipyge. Depuis lors, Michel Georges est rentré en Belgique mais la collaboration se poursuit encore aujourd’hui. Et pour cause: mettre le doigt sur les mécanismes génétiques à l’origines du phénomène callipyge n’est pas une mince affaire! Tout d’abord la mutation qui en est responsable est discrètement nichée au sein d’une grande zone non codante du génome. Cette mutation s’appelle CLPG et a été mise au jour en 2002 indépendamment par une équipe américaine et par l’équipe de Michel Georges. Mais, outre la difficulté de mettre le doigt sur cette mutation, le phénomène callipyge a une grande particularité: son mode unique de transmission héréditaire. C’est ce qui le rend si passionnant aux yeux des généticiens.

Pour bien comprendre cette particularité, revenons brièvement sur le mode classique de transmission génétique connu sous le nom d’hérédité mendélienne. En simplifiant fort les choses, chaque individu possède deux versions ou allèles de chaque gène: la version maternelle et la version paternelle. Selon que les parents sont porteurs ou non d’une mutation sur un gène, quatre types de scenario sont possibles pour leurs descendants. Imaginons un gène “A” que l’on appellerait “a” dans sa version mutée. Quatre combinaisons ‘ou génotypes) sont possibles: “AA”, “Aa”, “aA” ou “aa”. Chez les individus Aa, l’allèle muté a est transmis par le père ; chez les individus aA, l’allèle muté a est transmis par la mère.  La mutation est donc absente chez les individus porteurs du génotype “AA” et présente dans les trois autres cas de figures.  Si la mutation a est dominante, les individus de génotype Aa, aA et aa exprimeront le phénotype associé. Si la mutation a est récessive, seuls les individus aa le feront.

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