L’orientation sexuelle sous toutes ses coutures
13/04/16

La concordance d’orientation sexuelle chez les jumeaux

En parallèle à l’étude de l’influence des hormones sur l’orientation sexuelle, de nombreuses recherches se focalisent sur l’influence de la génétique sur l’homosexualité. « On sait que cette influence existe car si on regarde des lignées familiales où un premier individu s’avère être homosexuel, la probabilité que d’autres membres de la famille soient homosexuels également est augmentée par rapport à la moyenne observée au sein de la population », explique Jacques Balthazart. On pourrait  tout naturellement se dire que c’est une question d’éducation ou d’environnement familial mais c’est sans compter sur un certain nombre d’études réalisées sur des jumeaux dizygotes et monozygotes. « La concordance dans l’orientation sexuelle des jumeaux est bien meilleure chez les « vrais » jumeaux que chez les  « faux » jumeaux », souligne le Professeur. « Il y a 65% de concordance de l’orientation sexuelle chez les jumeaux monozygotes contre 18% de concordance chez les dizygotes ». Mais la génétique n’explique donc pas tout puisqu’il n’y a « que » 65% de concordance chez deux personnes qui ont un génome quasi identique…Qu’il s’agisse des hormones, de la génétique ou de l’épigénétique, les facteurs biologiques ne permettent pas séparément d’expliquer à 100% l’origine biologique de l’homosexualité mais ils constituent ensemble un faisceau d’arguments montrant que l’influence biologique est certainement très importante.

FIG 3 Orientation sexuelle

Le chromosome X épinglé

En ce qui concerne les gènes de prédisposition à l’homosexualité, différents groupes de recherche se penchent sur la question mais rien n’est encore très clair jusqu’à présent. « Il semble qu’il ne s’agirait pas d’un seul gène responsable mais qu’ils sont multiples et pas très pénétrants, c’est-à-dire qu’ils ne déterminent pas de manière directe mais influencent l’orientation sexuelle », indique le chercheur. Cependant les scientifiques s’accordent pour dire que l’orientation sexuelle masculine est héritée de la mère. De fait, lorsqu’il y a un individu homosexuel mâle dans une famille, il y a de plus grandes chances que d’autres hommes soient homosexuels au sein de la branche maternelle. Partant de là, les chercheurs ont supposé que les gènes responsables de l’orientation sexuelle devaient se trouver préférentiellement sur le chromosome X. « Ils se sont rendu compte qu’au bout de ce chromosome, il y a une zone appelée XQ28 dans laquelle ils ont trouvé des marqueurs génétiques associés à l’homosexualité », relate Jacques Balthazart. « Une autre étude montre que cette zone abrite un gène, MAGE A11, qui contrôle la sensibilité à la testostérone chez l’homme. Ce gène pourrait être modifié chez certains individus et affecter la sensibilité de leur cerveau à la testostérone ». Mais tout cela reste à démontrer.

Les derniers facteurs biologiques influençant l’orientation sexuelle actuellement sous la loupe des scientifiques sont les facteurs épigénétiques. « L’épigénétique c’est la modification soit des histones, constituants protéiques des chromosomes, soit de composants de l’ADN qui change de manière permanente l’expression de certains gènes », explique le chercheur. « On sait que la synthèse des hormones sexuelles et leur action sont contrôlées par des facteurs épigénétiques. De plus, avant que ces hormones n’apparaissent chez l’embryon, des dizaines de gènes sont exprimés de manière différentielle chez le mâle et chez la femelle. Cela ne peut provenir que d’un contrôle génétique à partir des chromosomes sexuels qui induisent la modification de l’expression d’autres gènes par des mécanismes épigénétiques », affirme Jacques Balthazart. Chez l’être humain, au départ, les structures génitales sont indifférenciées au stade embryonnaire précoce. Ce n’est que sous l’action de la testostérone que les organes génitaux externes se forment. « Quand on regarde les taux de testostérone circulant chez les embryons, il y en a plus chez les mâles que chez les femelles mais il y a des superpositions entre ces taux. Les femelles qui en ont le plus sont au niveau des mâles qui en ont le moins », explique le Professeur. Si c’était l’unique chose qui contrôle le développement des structures génitales, il y aurait de nombreux individus qui naitraient avec des structures génitales intersexes or ce n’est pas le cas. « En réalité la testostérone n’agit qu’après avoir été transformée par une enzyme et cette transformation est régulée épigénétiquement de manière différenciée chez les mâles et chez les femelles. Il y a donc plus de testostérone sous forme active (5-alpha dihydrotestostérone) chez les mâles, indépendamment du taux de testostérone ». Ceci explique pourquoi malgré des taux de testostérone qui se chevauchent, on observe presque dans tous les cas une différence dans les structures génitales. Concernant la question de l’influence de l’épigénétique sur l’orientation sexuelle, des chercheurs américains ont récemment développé un modèle mathématique permettant d’analyser la contribution du phénomène épigénétique sur l’orientation sexuelle des mâles et des femelles. « Ce modèle pourrait permettre d’expliquer en partie les déviations qui peuvent se produire chez certains individus ».

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