De quelles couleurs sont nos villes ?
07/04/16

Dans la continuité des travaux de recherche du LEMA

Luan Nguyen entame donc sa thèse au LEMA, qui avait déjà proposé des outils de caractérisation de bâtiments et d’urbanisme. Ces outils allaient lui permettre d’inscrire sa démarche dans un cadre quantitatif préexistant. Il n’était jusqu’alors pas question de couleurs, mais de formes. Ce qui avait permis au LEMA de contracter des expertises importantes, notamment pour caractériser objectivement l’impact formel des annexes du Palais de justice de Liège sur leur environnement.

Une amorce déterminante dans la recherche fut la caractérisation par la Région wallonne de dix types différents d’aires urbaines, toujours au niveau de la forme des constructions. Les recherches de Luan Nguyen s’intéressent à quatre types d’aires urbaines : les centres historiques, les quartiers résidentiels périurbains, les quartiers ouvriers et les zones commerciales. Catégories qui ont regroupé dix-huit fragments représentatifs de l’agglomération liégeoise, échantillon sur lequel le jeune chercheur décidait d’appliquer sa méthodologie. « La finalité de différencier ces quartiers était de pouvoir déterminer selon ces aires des couleurs dominantes qui leur étaient propres et dresser un panel représentatif de la ville de Liège ».

De la prospection à l’établissement d’une couleur unique

Dans un premier temps, 2000 photos de bâtiments ont été prises par des étudiants sous des conditions standardisées. « La lumière et donc la couleur perçue ne sont pas identiques à midi ou en fin d’après-midi, relève le chercheur. Autre exemple, si un bâtiment est exposé à la lumière directe du soleil en préservant une partie du mur ombragée, ses briques donneront à l’observateur deux couleurs principales différentes. » Les photographies ont donc toutes été prises au printemps, à midi, sous ciel couvert, avec présence systématique d’une même plaquette d’un gris neutre pour pouvoir faire une même balance des blancs. L’appareil photo était toujours le même, et présentait toujours les mêmes réglages d’ouverture, d’exposition, etc. Les couleurs des 2000 bâtiments pouvaient dès lors être appréciées après avoir été prélevées sous des conditions uniformisées.

« Sur ces photos, il fallait déterminer ce qu’on voulait étudier. Pierre, bois, toiture, soubassements, une façade présente divers matériaux aux couleurs différentes. Nous sommes en train de développer une approche globale qui combinerait tous ces éléments. Mais dans un premier temps, nous nous sommes focalisés sur la brique, le matériau principal et donc la couleur dominante. Une seconde étape du protocole consistait dès lors à détourer du reste de la photo ce matériau principal. Ensuite, un algorithme nous permettait de rééquilibrer la couleur de la brique sur base de notre balance des blancs. Il nous restait enfin une couleur dominante pour un bâtiment. » Ce fragment de couleur était ensuite caractérisé à l’aide d’un outil graphique au sein du système chromatique HSL (Hue, Saturation, Luminosity, qui caractérise donc une couleur selon sa teinte, sa saturation et sa luminosité).

Etapes caracterisation

« Le système HSL offre trois paramètres a priori très intuitifs pour caractériser une couleur, justifie Luan Nguyen. On aurait pu garder le système RGB, mais les coordonnées, se répartissant de 0 à 255, ne permettent pas de se figurer une couleur. Si on nous dit par exemple d’une couleur qu’elle est à 127 dans les rouges, 62 dans les verts et 201 dans les bleus, ça ne dit rien à personne. » Par contre, dans le système HSL, la teinte s’exprime sur un cercle avec pour unité de mesure le degré. En sachant que 0° correspond au rouge, et puis que ça migre vers le jaune, le vert, le bleu, le magenta, etc, on peut rapidement s’imaginer la teinte d’une couleur quand on nous donne son degré. La saturation détermine la pureté de la couleur et s’exprime en pourcents. Encore une fois, une couleur d’une saturation proche des 100% sera facilement imaginable comme très vive. A l’inverse, une saturation de 10% renverra à des couleurs pastel. En gardant la teinte et la saturation, si on voit sur un graphique un point à 15° avec 90% de saturation, on pourra estimer la couleur comme étant rouge vif. La luminosité, enfin, permet de positionner la couleur entre le noir et le blanc. En définitive, toute couleur peut être représentée par un point se trouvant dans un cylindre, un espace en 3D. En fonction des degrés dans le cercle, plus ou moins proche du centre selon la saturation, et plus ou moins haut dans le cylindre selon la luminosité.

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