Le plastique biobasé, une fausse bonne idée ?
17/03/16

Les résultats se révèlent finalement mitigés. En demi-teinte. Les bonnes nouvelles d’abord : les plastiques biobasés font du bien au changement climatique. Durant toute leur durée de vie, ils émettent deux fois moins de gaz à effet de serre que ceux fabriqués à partir de pétrole. Une tonne de polyéthylène « classique » à haute densité dégage quatre tonnes d’équivalent CO2, tandis qu’une tonne issue de l’agriculture en génèrera moins de deux. Le bio polyéthylène consommera également moins de ressources fossiles: 500 kg équivalent pétrole pour la betterave et 400 pour le froment, contre environ 1.200 pour le pétrole.

Génial ? Pas si vite ! Place maintenant aux mauvaises nouvelles. Elles sont deux et se nomment eutrophisation et acidification. La première est principalement due à l’utilisation d’engrais dans les champs. Les terres sont dopées aux nitrates et aux phosphates, qui percolent ensuite vers les eaux. Le résultat n’est pas joli-joli : des algues qui pullulent tant et si bien qu’elles captent tout l’oxygène, au détriment de la faune et de la flore qui n’y survit pas. La production de plastique biobasé engendre une eutrophisation terrestre six à sept fois plus importante, et même sept à huit fois en milieu aquatique.  

Le bilan n’est guère plus glorieux en matière d’acidification, soit la trop forte présence d’oxydes d’azote, d’oxydes de soufre, etc. La faute à une importante consommation de combustibles fossiles ainsi qu’à l’émission de polluants dus à l’utilisation des engrais qui engendrent notamment des pluies acides qui ne laisseront pas la faune et la flore indemnes, pas plus que les façades des bâtiments. L’acidification est deux à trois fois plus forte pour le bioplastique que pour les produits à base de ressources fossiles.

Autant d’effets secondaires pas vraiment du genre négligeables. Pétrole-agriculture, chou vert et vert chou ? Quels maux sommes-nous prêts à accepter pour produire du polyéthylène ? Sandra Belboom se garde bien de trancher. « L’analyse du cycle de vie est un outil d’aide à la décision, elle apporte un éclairage supplémentaire par rapport aux points de vue économiques et techniques. Mais ce n’est pas un outil de décision ». Il permet à tout le moins de tordre le cou à une idée reçue : tout ce qui est issu de matières naturelles n’est pas forcément eco-friendly. « C’est un cliché qu’il faut casser pour ne pas tomber dans le greenwashing ».

froment champ
La décision de privilégier le pétrole ou les produits naturels en devient alors politique. Est-il préférable de réduire les émissions de gaz à effet de serre quitte à provoquer d’autres conséquences néfastes pour l’environnement ? Le CO2 est une problématique mondiale. Un kilo de dioxyde de carbone en moins, d’où qu’il soit économisé, profitera au monde entier. L’eutrophisation et l’acidification s’inscrivent pour leur part dans un contexte plus local. Cela en revient à choisir entre le bien-être de la planète et celui de son propre milieu, ce qui peut également se faire par le biais d’une agriculture raisonnée permettant de réduire ces effets par l’application optimisée des fertilisants…

D’autant que privilégier le plastique à base de betterave ou de froment entraînerait d’autres répercussions. Pour cultiver ces matières premières, il faut de l’espace. Or les terres arables ne sont pas extensibles et la production actuelle ne permettrait certainement pas d’assumer tous nos besoins. Il faudrait donc « exproprier » le bétail ou abandonner d’autres types de cultures. Où faudrait-il installer les bêtes ? Quels produits devrions-nous du coup davantage importer ? Avec quelles conséquences économiques ? Évidemment, modifier l’affectation de quelques hectares passera inaperçu. Mais si ce même changement devait s’opérer au niveau d’un pays, d’un continent… Effet domino assuré. « S’il devait y avoir une décision politique à grande échelle, il faudrait aller une étape plus loin et envisager une analyse conséquentielle, même si elle comporte des incertitudes relativement grandes. Personne n’a de boule de cristal ! En tout cas, intégrer une approche économique permet d’essayer de déduire le type de changements qui pourraient se produire et d’éviter de générer des effets pervers ».

La culture de la canne à sucre au Brésil en est une bonne illustration. À priori, utiliser cette matière première pour fabriquer du plastique a tout du bon plan. Les rendements sont très importants (jusqu’à 200 tonnes à l’hectare, selon certaines publications !) et rien ne se jette : la bagasse – le résidu fibreux obtenu après avoir broyé la canne à sucre – peut être brûlée, donc les producteurs sont autosuffisants en terme énergétique et ne consomment quasiment pas de ressources fossiles. Niveau CO2, le bénéfice est encore plus important qu’avec la betterave ou le froment. On parle d’un gain de 3 à 4. Depuis les débuts de cette culture dans les années 1970, les terres consacrées à la canne à sucre se sont considérablement étendues. Heureusement, différence de sols oblige, il n’a pas fallu déforester pour libérer de l’espace. Si ce n’est qu’il a fallu modifier l’affectation des terres de pâturage. Le bétail a été déplacé, notamment vers la forêt amazonienne. On soupçonne dès lors la canne à sucre d’avoir indirectement provoqué la déforestation. « Si l’on tient compte de ce paramètre, souligne Sandra Belboom, l’impact CO2 devient plus important que pour les produits fossiles. Ou alors il faudrait compenser par un temps de retour (le nombre d’années durant lesquelles il faudrait utiliser les bioproduits pour contrebalancer cette déforestation), qui varie entre 5 et 100 ans, selon le pourcentage de déforestation retenu ».

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