Les micro-plastiques dans les estomacs de poissons
04/12/15

Un procédé ingénieux

Le procédé employé est simple mais il fallait y penser : « un mélange d’eau de Javel et d’acide fort » avec lequel le contenu de l’estomac est traité. Cette réussite est le fruit d’une étroite collaboration entre des biologistes comme France Collard et des chimistes comme Bernard Gilbert et Gauthier Eppe, du département de chimie de l’ULg. Néanmoins, le travail en amont a été particulièrement ardu car il fallait en premier lieu identifier ce que les poissons mangent afin de savoir ce qu’il allait falloir « digérer » chimiquement, et en fonction, décider des substances adéquates. « De fil en aiguille, j’ai trouvé que la solution la plus adaptée et qui agit le plus rapidement c’est la Javel. Là où la Javel prend une nuit pour tout décomposer et dégrader, d’autres composants comme l’hydroxyde de potassium prennent 3 semaines. » L’autre avantage de la javel est bien sûr son prix et la facilité avec laquelle on la trouve dans le commerce.

schema methode isolation

Quant aux résultats, ils ont réservé quelques surprises. Rappelons en effet que l’un des objectifs de départ de la thèse est de constater si les poissons ingèrent du plastique. Si oui, lesquels ? Répondent-ils à certains critères de taille, de forme, de couleur ? Or, au bout du compte, France Collard a trouvé surtout des fibres de cellulose dans les estomacs. Ceci montre bien la faiblesse de l’observation visuelle qui biaise les résultats. « Nous avons mis en évidence que beaucoup de particules que l’on pensait être du plastique n’en sont pas. En fait, il y a plus de fibres que toutes autres formes de pollution causées par les activités humaines.» La cellulose existe à l’état naturel et cela aurait pu en être si les fibres n’avaient pas été colorées. Ces teintures étant obtenues avec des colorants artificiels, il n’y a par conséquent aucun doute possible sur l’origine de ces fibres de cellulose (des fibres textiles par exemple). De plus, au cours de sa thèse, France Collard a pu remarquer le même phénomène chez certains crustacés (2). Le plastique est donc supplanté par les fibres de cellulose artificielle. Il est vrai qu’il a été prouvé scientifiquement qu’avec un seul lavage en machine classique, on pouvait larguer « plus de 1900 fibres dans l’eau » !

Cela posé, les résultats, même s’ils diffèrent quelque peu de ceux escomptés au départ, illustrent bien l’efficacité de la méthode mise au point qui réunit trois précieux avantages : la rapidité, un coût réduit et la fiabilité.

(2) When microplastic is not plastic : ingestion of artificial cellulose fibers by macrofauna living in seagrass macrophytodetritus, Collard France, Remy François, Gilbert Bernard et al., in American Chemical Society, http://hdl.handle.net/2268/185549

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