Un espoir dans la lutte contre le cancer du sein triple négatif
20/11/15

En effet, la production d’asporine n’est pas empêchée dans les cancers hormonodépendants : chez les souris, on constate que leur taux est quatre fois supérieur à ceux des souris qui ont un cancer du sein triple négatif ou HER-2+… Et une étude examinant la survie de 375 patientes atteintes d’un cancer triple négatif sur une période de 25 ans montre que le taux de survie est 42% moindre chez celles qui présentent des taux d’asporine faibles…

Un traitement existe !

Le mécanisme de ce travail effectué par les cellules cancéreuses triple négatives a été démantelé par l’équipe du Laboratoire de Recherche sur les métastases (notamment le Dr Pamela Maris, premier auteur de l’article) en collaboration avec les médecins du CHU de Liège, notamment le Pr Eric Lifrange et le Dr Pino Cusumano du service de sénologie, le Dr Sylvie Maweja du service de chirurgie, le Pr Guy Jérusalem du service d’oncologie et le Pr Philippe Delvenne du service de Pathologie. « Il s’agit d’un véritable effort collaboratif de recherche translationnelle sans lequel ce travail n’aurait pas pu exister », insiste le professeur Castronovo « Nous avons constaté que même si l’on injecte du TGF-β1, qui stimule la production d’asporine, celle-ci n’est pas produite par les fibroblastes des tumeurs triples négatives, car ils reçoivent un contre-ordre venant des cellules cancéreuses et transmis par l’interleukine-1β (IL-1β) une substance bien connue impliquée dans les mécanismes inflammatoires et qui est également produite par les cellules cancéreuses les plus agressives. On peut dès lors envisager qu’en bloquant cette IL-1β, les fibroblastes du sein vont pouvoir produire librement l’asporine, et ainsi ‘construire’ ce mur biologique protecteur et de là, fortement ralentir la progression cancéreuse ainsi que la formation de métastases… », poursuit le Pr Castronovo.

Asporine BC

Dans l’étude, les résultats sur des souris sont prometteurs : chez les sujets porteurs de cellules cancéreuses triple négatives qui ont reçu un traitement pour permettre la production d’asporine, on a constaté que les cellules cancéreuses grossissent deux fois moins vite et donnent naissance à trois fois moins de métastases.

La bonne nouvelle est que ce traitement qui bloque l’IL-1β existe bel et bien et est déjà sur le marché. Il est actuellement prescrit à des personnes qui sont atteintes de maladies inflammatoires articulaires, en particulier l’arthrite. « Il a déjà été testé pour prouver son innocuité, et grâce à cela, nous pourrions gagner de nombreuses années de recherche et d’essais thérapeutiques. En effet, il ne faudra pas non plus effectuer des études pour comparer son efficacité par rapport à d’autres traitements, puisque ceux-ci sont inexistants. On pourrait donc imaginer pouvoir tester rapidement ce traitement sur des femmes atteintes d’un cancer du sein triple négatif. Je pense qu’endéans les 6 mois, nous pourrons clairement démontrer son efficacité chez la souris, et qu’après ce délai, il pourrait être possible de passer à une administration chez les femmes. » Les négociations avec le laboratoire pharmaceutique qui produit ce traitement sont en cours.

Autres pistes, autres espoirs

Une autre piste consisterait à administrer un peptide d’asporine. « Le problème est qu’il faut le stabiliser pour fabriquer un nouveau traitement, avec la difficulté présentée par le polymorphisme des cellules cancéreuses. Ensuite, il faudra passer par la batterie d’essais thérapeutiques nécessaires, ce qui retardera de plusieurs années l’offre d’une thérapie possible dans ce type de cancer qui fait partie des plus agressifs… » conclut le Pr Castronovo.
Mais cette découverte ouvre d’autres portes : l’asporine pourrait jouer un rôle comparable dans d’autres types de cancers, comme le cancer du poumon ou le lymphome. De nouvelles perspectives s’ouvrent donc pour des cancers agressifs, qui tuent chaque année de nombreux patients.

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