La souche cubaine
29/10/15

Quand une souche cubaine passe la vitesse supérieure

Le CRF19 est issu de la recombinaison génétique  de deux autres souches de VIH. Très logiquement, compte tenu de sa virulence, elle se caractérise par une vitesse de réplication particulièrement élevée.  Ce qui est plus surprenant c’est que CRF19 provoque une dégradation rapide de l’état immunitaire tout particulièrement chez les patients présentant une concentration sanguine élevée d’une chimiokine appelée RANTES. « Or, RANTES, un produit de l’inflammation, se lie naturellement à des récepteurs des lymphocytes T muqueux qui sont précisément les mêmes que ceux utilisés par le VIH », explique Michel Moutschen. « Chez ces patients, RANTES occupant déjà les récepteurs indispensables à la réplication du VIH dans les lymphocytes T des muqueuses, une pression de sélection majeure se mettrait en place permettant à court terme l’utilisation des récepteurs des autres lymphocytes T de l’organisme », poursuit le scientifique. La raison pour laquelle ces patients cubains présentaient des taux élevés de RANTES dans le sang n’est pas connue à ce jour. Cependant, selon les scientifiques ces personnes auraient pu être sujettes à une inflammation systémique elle-même liée à la présence de CRF19  dans leur organisme. « La simple présence de la souche VIH a pu stimuler l’inflammation et par là provoquer la production de RANTES. C’est un scénario qui est contre-productif pour le virus au début mais qui lui ouvre les portes pour infecter tout l’organisme rapidement, une sorte de cercle vicieux », résume Michel Moutschen.

S’il existe d’autres régions du monde où des cas d’évolution rapide de la maladie ont également été observés, les spécialistes ne connaissent généralement pas les raisons de cette évolution. Elle peut être liée à la souche virale et/ou à l’hôte. « La génétique des individus joue un grand rôle dans la façon dont le virus progresse dans l’organisme. Selon son bagage génétique un individu peut être plus vulnérable ou plus résistant au VIH. La souche du virus n’est pas le seul facteur qui entre en compte », indique Michel Moutschen. « La présente étude a permis pour la première fois de mettre en relation des propriétés virologiques avec une évolution clinique rapide de la maladie. Sur les cinquante patients cubains étudiés et présentant une évolution rapide de l’infection VIH, dix d’entre eux étaient infectés par la souche CRF19. C’est statistiquement très significatif et suffisant pour attribuer des propriétés particulières à cette souche mais les quarante autres patients illustrent bien que d’autres facteurs doivent être présents».

Ne pas laisser la main au virus, traiter au plus tôt l’infection

Selon Michel Moutschen, le grand message à retenir suite aux résultats de cette étude est qu’il faut traiter toute personne infectée par le VIH le plus tôt possible. « A l’heure actuelle, en Belgique et dans de nombreux autres pays, on ne commence à traiter les patients que lorsque leur concentration de lymphocytes T CD4 tombe en dessous d’un certain seuil. Avant cela, les traitements ne sont pas remboursés», explique le Professeur. « Cette décision est basée sur le fait qu’on présume que la vitesse d’évolution vers le sida est une vitesse connue et constante. Alors on attend un peu, dans un souci d’économie peut-être ou pour éviter que le patient ne se lasse de prendre ses médicaments… ». A Cuba, suite aux conclusions de la présente étude, les autorités ont décidé de remonter largement le seuil à partir duquel les patients atteints du VIH sont traités.

L’exemple cubain prouve que les choses peuvent se gâter beaucoup plus vite que prévu et que de nouvelles souches plus agressives peuvent apparaître à tout moment. D’où l’intérêt de traiter au plus vite, dès que l’infection est détectée. HIV Test« La bonne nouvelle c’est que la souche CRF19 identifiée chez les patients cubains n’est à priori pas résistante aux antirétroviraux utilisés pour freiner l’infection du VIH », poursuit Michel Moutschen. Les souches de VIH mutent et essayent toujours de trouver de nouvelles cellules cibles. Il est donc primordial de les garder à l’œil car elles peuvent encore nous réserver des surprises. D’autant plus que la plupart des connaissances accumulées jusqu’ici sur le VIH concernent plus particulièrement le sous-type B que l’on trouve en Europe et beaucoup moins les souches présentes sur les autres continents.

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