Des mini-séquences d’ARN pour réparer l’ouïe ?
17/09/15

Le Pr Brigitte Malgrange et son équipe cherchent depuis de nombreuses années à réparer les « oreilles cassées », c’est-à-dire à permettre à des personnes ayant fortement perdu l’audition d’en récupérer au moins une part. Plusieurs résultats ont été publiés ces dernières années. Les derniers en date - publiés dans Cell Reports (1) - montrent pour la première fois le rôle de micro-ARN dans la production de cellules ciliées. On pourrait même imaginer les produire à nouveau et traiter ainsi certains types de surdité…

Hair cells NIHLa perte d’audition trouve des causes bien diverses : génétique, complications durant la grossesse ou lors de l’accouchement, prise de traitements ototoxiques par la femme enceinte… Ce sont les causes congéntiales. A côté de cela, la surdité peut être acquise, par exemple après une infection, la prise de médicament ototoxiques (anticancéreux, antibiotiques…), exposition à des niveaux sonores trop élevés, vieillissement…  (lire notre article Régénérer des cellules de l'oreille interne).

Cette déficience auditive peut être imputée soit à une destruction des cellules ciliées, soit à un problème au niveau du nerf auditif même. Il s’agit des surdités neuro-sensorielles. C’est justement à la production de cellules ciliées que s’est intéressée le Pr Brigitte Malgrange, directrice de l’Unité de recherche Neurobiologie du développement du GIGA-Neurosciences. Car l’on sait que lorsque ces cellules ont été détruites pour les raisons évoquées plus haut, elles ne sont plus jamais remplacées chez l’être humain. L’information auditive n’étant plus perçue ou plus transmise au cerveau, on est alors atteint de surdité de perception. Et l’on comprend donc pourquoi il est important de pouvoir restaurer les cellules ciliées…

Le rôle des micro-ARN

L’équipe du Pr Malgrange a découvert que dans ce mécanisme sont impliqués les micro-ARN, de petits fragments d’ARN qui ne codent pas pour des protéines, comme leurs homologues plus grands, justement parce qu’ils sont trop petits. « Ces mini-séquences d’ARN ont été découvertes il y a une quinzaine d’années et l’on en recense aujourd’hui entre 1500 et 2000. Mais leur rôle n’est pas anodin : ces micro-ARN empêchent la production de certaines protéines en se fixant à la partie de l’ARN impliquée dans leur synthèse. Ils ne sont cependant pas spécifiques : c’est-à-dire qu’ils peuvent empêcher la production de 200 à 300 protéines chacun ! Et cela peut concerner l’audition, car on a d’abord vu que certains micro-ARN se retrouvaient dans l’oreille interne et pouvaient permettre de comprendre les mécanismes moléculaires impliqués dans le développement initial des cellules ciliées. »

Les cellules ciliées composent, avec les cellules de soutien, l’organe de Corti, qui compose la cochlée. « Or, au sein de l’organe de Corti, initialement, les deux types de cellules sont différenciés. Nous avons donc tenté de mieux comprendre ces mécanismes originaux  de différenciation pour tenter de les reproduire, afin de faire fabriquer de nouvelles cellules ciliées. », explique le Pr Malgrange.

Pour y parvenir, une souris s’est vue privée d’une enzyme qui permet la synthèse de micro-ARN : Dicer. « Chez cette souris sans micro-ARN, nous avons constaté que la cochlée s’est mal développée ; nous avons identifié un micro-ARN (le miR-124) dont on a pu constater qu’il jouait un rôle dans la différenciation entre les cellules de soutien et les cellules ciliées. » Ce micro-ARN est donc un candidat sérieux pour parvenir à provoquer cette différenciation.
C’est la première fois que l’on peut identifier le rôle d’un micro-ARN dans la différenciation des cellules de l’organe de Corti, et cela ouvre la porte d’une possible régénération, en provoquant le mécanisme comparable à celui qui se produit lors de leur formation initiale.

(1) Aurélia Huyghe,Priscilla Van den Ackerveken,Rosalie Sacheli, Pierre-Paul Prévot, Nicolas Thelen,Justine Renauld,Marc Thiry, Laurence Delacroix, Laurent Nguyen, and Brigitte Malgrange, MicroRNA-124 Regulates Cell Specification in the Cochlea through Modulation of Sfrp4/5, Cell Reports, september 2015.

 

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