La cryothérapie contre le cancer du col de l’utérus 
06/10/15

Résultat : le HPV infecte ces cellules, utilise leur machinerie pour produire ses propres protéines dont les protéines oncogéniques qui vont rendre ces cellules immortelles. « Les protéines oncogéniques induisent la prolifération des cellules et inhibent l’apoptose, c’est-à-dire la mort, de celles-ci. C’est comme cela qu’on aboutit à l’apparition de cellules cancéreuses qui vont ensuite devenir invasives. Ce processus prend environ 7 à 10 ans ».

Les recherches des scientifiques et la lecture de la littérature disponible à ce sujet les ont menés sur la piste des pratiques exercées avant la découverte du HPV dans les lésions utérines en 1983. Dans les années 70, une pratique courante pour éviter le cancer du col de l’utérus était de recourir à la cautérisation ou à l’électrocoagulation pour détruire une partie des cellules du col de l’utérus. « Cela s’effectuait par exemple suite à un accouchement et permettait de réduire de 4 à 6 fois le risque que les patientes ainsi opérées développent un cancer du col de l’utérus par la suite », indique Michaël Herfs. Lorsqu’on compare le bénéfice d’une telle pratique à celui des vaccins actuellement disponibles sur le marché qui réduisent seulement 3 à 4 fois le risque de cancer du col de l’utérus, uniquement s’ils sont administrés à des jeunes filles vierges qui doivent malgré tout procéder à un dépistage régulier auprès de leur gynécologue…Il y a de quoi s’interroger sur les raisons qui ont poussé à arrêter la pratique de la cautérisation/électrocoagulation. « A la découverte du HPV, tous les efforts de recherche se sont concentrés sur la mise au point de tests à HPV et sur les moyens de contrer ces virus. Le principal était de comprendre et d’expliquer les mécanismes liés au développement du cancer du col de l’utérus. Les procédures de cautérisation et d’électrocoagulation ont été abandonnées ».

cancerisation muqueuse uterus

La cryothérapie, une solution préventive simple et abordable

Aujourd’hui, lorsqu’une patiente présente une lésion précancéreuse suite à une infection par HPV au niveau du col, les médecins procèdent à une ablation de la lésion ou à une cryogénisation du col de l’utérus. « La cryothérapie consiste à détruire les cellules du col de l’utérus au moyen d ‘un gaz comprimé réfrigérant comme l’azote liquide. C’est une méthode simple et rapide », explique Michaël Herfs. « Nous souhaiterions lancer un test clinique dans les pays en voie de développement afin de valider la cryothérapie comme solution pour éviter chaque année des centaines de millier de cas de cancer du col de l’utérus dans ces pays », poursuit le chercheur. Mais une telle étude clinique est difficile à mettre en place et pourrait déplaire à l’industrie pharmaceutique au vu de l’alternative à faible coût que la cryothérapie pourrait représenter pour lutter contre cette maladie. Si la cryothérapie s’avère en effet être efficace pour réduire le risque de développer le cancer du col de l’utérus, elle pourrait être utilisée de manière prophylactique auprès des femmes des pays où la maladie fait les plus gros dégâts. C’est ce que Michaël Herfs suggère dans une étude publiée dans Nature Reviews Clinical Oncology (1) « Nous avons tous les outils pour le faire. C’est sans risque et abordable. Il faut juste que ça rentre dans les mœurs d’agir de manière préventive  grâce à la cryothérapie plutôt que d’y avoir uniquement recours pour soigner une fois que la lésion précancéreuse est là », souligne le scientifique.  

Pour revenir à la solution des vaccins sur laquelle « se repose » actuellement le monde pharmaceutique, au-delà d’avoir un spectre de protection limité, d’être très chère et de ne pas être applicable pour des jeunes filles ayant déjà une vie sexuelle active, elle ne s’attaque qu'en partie à la source du problème. « Les virus HPV sont transmis par les garçons aux filles lors de rapports sexuels et vice versa », explique Michaël Herfs. « Une solution serait donc de vacciner les hommes également ou de trouver un traitement médicamenteux qui permettrait de supprimer le virus ou d’empêcher sa propagation à la source », précise le chercheur. Ce dernier s’étonne encore toujours du fait que 30 ans après la découverte des virus HPV aucun médicament antiviral préventif ou thérapeutique n’est encore commercialisé. « C’est clairement le prochain défi dans ce domaine sur lequel devraient se concentrer les entreprises pharmaceutiques… ».

(1) Michael Herfs & Christopher P. Crum. Cervical cancer: Squamocolumnar junction ablation—tying up loose ends? Nature Reviews Clinical Oncology 12, 378–380 (2015) doi:10.1038/nrclinonc.2015.104.

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