Premier bilan des émissions de GES par les rivières africaines
20/07/15

Une équipe de scientifiques de l’Université de Liège emmenée par l’océanographe Alberto Borges (Université de Liège) et le Pr Steven Bouillon (KU Leuven), vient d’achever une recherche d’envergure de 5 ans sur le continent africain. Objectif de cette étude : dresser le premier bilan des émissions de gaz à effet de serre dans les rivières africaines. Des données inconnues jusqu’ici, qui complètent mais bouleversent la connaissance du bilan total en carbone  à l’échelle du continent.
Portant sur 12 fleuves répartis sur toute l’Afrique – dont le Congo, 2e plus grand fleuve au monde –, l’étude montre que les émissions de gaz à effet de serre par les rivières sont très importantes. Ces données constituent une information essentielle, entre autres, dans la gestion des ressources forestières en Afrique. Un article paraît ce 20 juillet 2015  dans le prestigieux journal Nature Geoscience(1).

Douze scientifiques de l’Université de Liège, de la KU Leuven et de l’Institut de Recherche pour le Développement (France) viennent de mener, durant 5 ans, un projet d’étude d’envergure, financé principalement par l’Europe (ERC Starting Grant) mais aussi par le FNRS, FWO et BELSPO, afin de dresser un bilan jusqu’ici inexistant : celui des émissions de gaz à effet de serre (GES) par les rivières du continent africain. Sous la houlette d’Alberto Borges, qui dirige l’Unité d’océanographie  chimique à l’ULg et est spécialisé dans l’émission de GES des milieux aquatiques vers l’atmosphère, et en étroite collaboration avec le Pr Steven Bouillon de la KU Leuven, les chercheurs ont sillonné le continent africain afin d’y analyser les flux par les rivières de dioxyde de carbone (CO2), méthane (CH4) et oxyde nitreux(N2O), les trois principaux GES.

GES fleuves Afrique


Les résultats et analyses, à présent finalisés, font l’objet d’une parution dans Nature Geoscience. Ils représentent un apport fondamental relatif aux flux de carbone des eaux intérieures africaines vers l’atmosphère. Plus largement, ils constituent un pas de plus dans la compréhension du rôle des fleuves dans les bilans de GES à l’échelle planétaire.

« Les fleuves, en ce qu’ils lient les continents à l’océan en transportant des matières organiques qui sont dégradées par les bactéries, jouent un rôle majeur dans la production et l’émission de CO2  et de CH4, explique Alberto Borges. Les recherches concernant les GES dans les eaux douces intérieures – rivières, lacs, retenues de barrage  – ont débuté dans les années ’90 dans divers pays développés, soutenues en partie par l’industrie hydro-électrique, apportant ainsi une connaissance des systèmes aquatiques boréaux (Scandinavie, Canada) et tempérés (Europe, Etats-Unis). Concernant les tropiques, qui représentent 60 % de l’eau douce de la planète, des études ont donc été menées presqu’exclusivement au Brésil, sur l’Amazone, 1er fleuve mondial. Peut-on appliquer les observations recueillies là-bas sur le 2e plus gros fleuve, le fleuve Congo, lui aussi situé en milieu tropical ? De même, peut-on appliquer les observations recueillies dans l’Amazone sur des cours d’eau drainant de la savane plutôt que la forêt tropicale ? Il y avait là une lacune. Sachant que l’Afrique comprend 12 % des eaux douces mondiales, cette étude permet d’apporter une pièce qui était encore manquante : un jeu de données d’envergure, cohérentes dans leur méthodologie et portant sur un continent entier ».

(1) Globally significant greenhouse-gas emissions from African inland waters,  A.V. Borges, F. Darchambeau, C.R. Teodoru, T.R. Marwick, F. Tamooh, N. Geeraert, F.O. Omengo, F Guérin, T. Lambert, C. Morana, E. Okuku & S. Bouillon, Nature Geoscience, July 2015.

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