Des voix dans la tête
12/06/15

Joan of Arc voicesL'Université de Liège apporte sa contribution à cette initiative, le groupe de parole liégeois ayant été fondé sous l'égide de l'asbl Psy'Cause et de la Clinique psychologique et logopédique de l'ULg.

« Au sein des groupes de parole, jamais on ne discute de l'origine des voix, car ce débat serait stérile », indique Jonathan Burnay, qui est l'un des « facilitateurs » du groupe de Liège. Il ajoute : « Peu importe que le sujet attribue les voix qu'il entend à Dieu, à des elfes, au diable ou encore à des défunts ! Le but final est de lui permettre de les gérer pour qu'elles le laissent tranquille quand il les juge indésirables. Par exemple, lorsqu'il se concentre sur un travail ou est en famille. »

Ni marginalisation ni discrimination

Dans les groupes, la dimension pathologique éventuelle est gommée et, un peu comme lors des séances des alcooliques anonymes, chacun échange avec les autres, fait part de ses expériences, explique son désarroi ou ses avancées et les stratégies qu'il a mises en œuvre pour reprendre le contrôle sur « ses » voix. Comme le souligne Élodie Azarian, facilitatrice d'un des 2 groupes bruxellois, il ne s'agit pas de groupes thérapeutiques, mais de groupes d'entraide. On n'y parle d'ailleurs pas d'hallucinations auditives, mais d'entente de voix. « Débarrassés de leur étiquette de malade, les membres des groupes ont une meilleure estime d'eux-mêmes, retrouvent de la dignité et de l'espoir », assure-t-elle.

En Belgique, le fonctionnement des groupes est horizontal, le facilitateur n'étant là que pour assurer la bonne tenue des réunions. L'exemple de ceux qui ont réussi à contrôler leurs voix ouvre le champ des possibles aux autres participants, qui y puisent motivation et réconfort, ainsi qu'un regain d'estime de soi. Dans les groupes, élément essentiel, les entendeurs de voix échappent à toute marginalisation ou discrimination. « Dans la société, le poids des stéréotypes et préjugés qui pèsent sur eux est énorme, dit Jonathan Burnay. Ainsi, au sein de certaines familles, on refuse de leur confier la garde d'enfants. »

Selon Frank Larøi, certains entendeurs de voix n'ont jamais fait part de leur problème avant d'adhérer à un groupe de parole. Ils veulent se protéger. « Il faut vraiment créer un climat de confiance, car certains patients psychiatriques ont même peur que leur présence dans un groupe de parole, si elle est révélée, n'aboutisse à une augmentation de la dose des antipsychotiques qui leur sont prescrits en psychiatrie », commente le psychologue.

L'attitude des psychiatres par rapport aux groupes de parole pour entendeurs de voix va de l'intérêt affirmé à l'hostilité en passant par le scepticisme. Pour l'heure, il est vrai, aucune étude scientifique consistante n'a pu être menée pour prouver l'efficacité de la méthode(5). C'est pourquoi le groupe de parole liégeois doit se concevoir en partie comme une expérience-pilote.

Bouton CPLU entendeur de voix

(5) Anna Ruddle, Olivier Masson, Til Wykes, A review of hearing voices groups: Evidence and mechanisms of change, Clinical Psychology Review 31 (2011) 757-766.

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