La toxicité des venins contrée par les anticorps allergiques
10/12/13

Premières preuves de l’hypothèse des toxines

Pour vérifier l’effet protecteur potentiel des IgE contre le venin d’abeille, les chercheurs ont répété l’expérience avec des souris transgéniques de trois types : incapables de synthétiser des IgE, déficientes en récepteurs aux IgE et déficientes en mastocytes.  « Dans les trois cas la protection contre le venin d’abeille avait disparu », révèle Thomas Marichal. « Cela démontre que les IgE, connues pour être délétères et considérées comme étant le produit d’un dérèglement du système immunitaire, peuvent avoir un effet bénéfique dans la réponse de l’hôte à un allergène bien connu chez l'homme ». Ces tests ont également été effectués avec du venin d’une espèce de vipère et les mêmes résultats, le même effet protecteur, ont été obtenus.

Il s’agit là de la première preuve expérimentale d’une hypothèse controversée proposée en 1991 déjà par Margie Profet : l’hypothèse des toxines. « Margie Profet avait émis l’hypothèse que les réactions allergiques étaient des mécanismes de défense contre les toxines », explique Thomas Marichal. « Cette hypothèse avait été largement ignorée par la communauté scientifique. En effet, un autre cas de figure était déjà connu. On savait que la réponse Th2 pouvait avoir un effet bénéfique dans la défense contre les macroparasites tels que les vers intestinaux. Dès lors, beaucoup de scientifiques pensaient que toutes les allergies étaient le prix à payer pour la défense contre ces parasites », poursuit le chercheur. « Mais ici nous démontrons clairement que les IgE servent à nous défendre contre des toxines ! ».

Les scientifiques proposent un mécanisme par lequel les IgE exercent leur effet protecteur à l'encontre des deux types de venins testés. Lors d’une seconde exposition à ces derniers, les mastocytes des rongeurs sont très rapidement activés par les IgE et libèrent des substances (notamment des protéases) capables de dégrader et neutraliser les toxines présentes dans ces venins. D’où une réduction de la toxicité et, par conséquent, une augmentation de la survie des animaux.

Changer notre conception des IgE

Selon les auteurs de cette étude, publiée dans la revue Immunity(1), les réactions allergiques aigües et néfastes ne pourraient être qu'une toute petite partie d’un spectre de réactions médiées par les IgE. Dans le cas de l’allergie aux venins, il s’agirait effectivement d’un dérèglement du système immunitaire mais, pour la majorité de la population, après une première exposition au venin, les IgE permettraient d’obtenir un effet bénéfique contre les substances toxiques en cas d’exposition ultérieure à celui-ci. Cette notion est supportée par des observations cliniques montrant que seule une minorité des personnes ayant développé des IgE à l'encontre de venin d'abeille développent des réactions aiguës néfastes en cas de réexposition. piqure abeilleLes scientifiques aimeraient maintenant identifier quels sont les facteurs qui déterminent si les IgE vont plutôt induire une réaction délétère ou protectrice.

« D’un point de vue fondamental, cette découverte répond à une question essentielle liée à l'utilité et à la conservation des IgE et des réponses allergiques au cours de l'évolution. Elle représente la première évidence directe d'un rôle bénéfique et protecteur des IgE. Cela va certainement modifier la façon de penser des scientifiques par rapport aux allergies et pourrait mener, dans le futur, au développement de vaccins afin de nous protéger contre des toxines et autres menaces environnementales », conclut Thomas Marichal.

(1) Marichal Thomas*, Starkl Philipp* (* co-first authors), Reber Laurent L., Kalesnikoff Janet, Oettgen Hans C, Tsai Mindy, Metz Martin**, Galli Stephen J** (** co-corresponding authors). A beneficial role for Immunoglobulin E in Host Defense Against Honeybee Venom, Immunity (2013), http://dx.doi.org/10.1016/j.immuni.2013.10.005.

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