A la recherche de marqueurs biologiques et radiologiques de l’instabilité des anévrismes
04/12/13

Anevrisme 80mm« Mais tous les gros anévrismes ne se rompent pas, alors qu’on assiste parfois à la rupture de petits anévrismes », souligne Natzi Sakalihasan. « De plus, chez les patients âgés, une opération chirurgicale peut parfois causer plus de tort que de bien ».  Tenant compte de ces arguments, le Professeur Sakalihasan se penche depuis plus de 25 ans sur la définition de critères qui permettraient de cerner une croissance  anormale et, surtout, d’évaluer les risques de rupture. « Nous tentons de trouver le moyen d’identifier les anévrismes potentiellement dangereux », précise le Professeur. Pour ce faire, ce dernier travaille en collaboration étroite avec le Laboratoire de Biologie des Tissus Conjonctifs (LBTC) du GIGA de l’Université de Liège, dirigé par le Professeur Alain Colige et le Service de Médecine Nucléaire dirigé par le Professeur Roland Hustinx.

Les tissus conjonctifs constituent la majorité de la masse de notre corps et sont impliqués notamment dans des fonctions de soutien, de protection et de nutrition des organes. Ils sont constitués de cellules dispersées dans une trame de molécules formant des fibres, dont l’élastine et les collagènes par exemple, formant une « matrice » extracellulaire. « Les gros vaisseaux sanguins, dont l’aorte, sont essentiellement constitués par deux couches de tissus conjonctifs de composition différente. Cette organisation est à l’origine de la résistance mécanique et de l’élasticité des parois artérielles, deux propriétés fondamentales pour s’adapter aux contraintes et déformations liées au passage du sang à chaque battement de cœur », indique le Professeur Colige.

Un scanner efficace mais très coûteux

Lors de précédentes études, les équipes de Natzi Sakalihasan et d’Alain Colige se sont, entre autres, penchées sur les protéines de la matrice extracellulaire des parois aortiques : l’élastine et le collagène, responsables respectivement de l’élasticité et de la résistance mécanique des tissus conjonctifs. « De manière simplifiée, on pourrait dire que la dégradation de l’élastine mène à l’apparition de l’anévrisme et que sa rupture est plus particulièrement liée à la destruction du collagène », résume Natzi Sakalihasan. Les chercheurs avaient déjà montré une corrélation entre l’instabilité de l’anévrisme et la présence des MMP-9 et -2, des enzymes qui participent à la dégradation de l’élastine et des collagènes. 

Une autre étude, menée en 2002 par les équipes du CHU et du CHC de Liège, a révélé que le recours à la méthode d’imagerie médicale PET-CT (Positron emission tomography - computed tomography) était efficace pour déceler les anévrismes enclins à la rupture. « Ce type de scanner utilise un analogue du glucose marqué radioactivement comme traceur permettant de repérer les zones de forte activité métabolique, dont les foyers inflammatoires », explique Natzi Sakalihasan. « Comme l’anévrisme de l’aorte abdominale peut être considéré comme une maladie inflammatoire chronique, nous avons eu l’idée de soumettre les patients à un examen par PET-CT », précise-t-il. Les chercheurs ont ainsi pu constater que les anévrismes possédant une activité métabolique  importante avaient de plus grandes chances de se rompre. Cette méthode pourrait dès lors permettre aux médecins de juger si une opération chirurgicale s’impose, indépendamment de la taille de l’anévrisme. Mais cette solution n’est pas accessible à tous : « Tous les hôpitaux ne sont pas équipés d’un PET-CT et l’examen est relativement onéreux », indique Natzi Sakalihasan.

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