Diabète : le virus qui rend intolérant à l’insuline.
30/01/13

ThymusC’est également dans le thymus qu’a lieu la sélection des lymphocytes T qui seront ou non relâchés dans l’organisme. Car tous ne sont pas bienveillants, loin de là. « Le thymus élimine les cellules T réactives vis-à-vis du soi, également appelées clones  ‘interdits’. Cela concerne 95% des cellules T générées au hasard dans le thymus », précise Vincent Geenen. « Le thymus filtre et ne laisse passer que 5% des cellules, celles qui sont tolérantes au soi. Il est également capable de générer des cellules T régulatrices qui inhibent en périphérie les lymphocytes T interdits qui auraient éventuellement échappé au filtre thymique ». Grâce à ce double contrôle, le thymus empêche le système immunitaire adaptatif de se retourner contre l’organisme. « De plus en plus d’arguments expérimentaux confortent aujourd’hui ce tout nouveau concept selon lequel un défaut dans la programmation intrathymique de la tolérance centrale favorise le développement de l’auto-immunité, notamment celle contre les cellules bêta pancréatiques sécrétrices de l’insuline », poursuit le Professeur.

Une question de gène, mais pas seulement !

Le diabète de type 1 (DT1) se développe chez des personnes génétiquement prédisposées à cette maladie. « Il existe environ 20 loci génétiques de susceptibilité », précise Vincent Geenen. « Mais si on sait que le facteur génétique est important, il n’est pas suffisant pour que le DT1 se développe », continue-t-il. Chez les jumeaux homozygotes, le taux de concordance est de 45% pour cette maladie. Il existe donc d’autres facteurs qui favorisent l’émergence de DT1. « Notamment des facteurs environnementaux et parmi eux différents virus dont ceux de la famille des entérovirus, et plus particulièrement les virus Coxsackies », indique Vincent Geenen. « On sait depuis les années 80 qu’il existe des virus diabétogènes et des études épidémiologiques ont apporté des preuves d’une corrélation entre des infections récentes par des virus Coxsackies et l’incidence du DT1 », explique le Professeur.

Outre ces études épidémiologiques, on observe un gradient nord-sud de l’incidence du DT1. « Dans les pays scandinaves, l’incidence du DT1 est d’environ 50 cas sur 100.000 habitants par an contre 8 en Belgique. L’incidence la plus faible est observée dans les pays d’Afrique », précise Vincent Geenen. Or la fréquence des infections par des entérovirus est plus importante au nord qu’au sud de la planète ce qui, selon certaines théories, pourrait expliquer en partie l’existence de ce gradient.

Une perturbation de la fonction tolérogène du thymus ?

Si les virus Coxsackies semblent bien jouer un rôle dans l’apparition du DT1, les mécanismes par lesquels ils agissent restent inconnus. L’hypothèse que le Professeur Geenen et le Professeur Didier Hober de l’Université de Lille investiguent depuis plus de 13 ans, notamment dans le programme Eurothymaide, est la suivante : les virus Coxsackies infecteraient le thymus et provoqueraient un dérèglement de la fonction tolérogène de ce dernier. « En 2002, Fabienne Brilot, une doctorante de l’ULg aujourd’hui professeur à l’université de Sydney, a démontré que le virus Coxsackie B4 (CV-B4) est capable d’infecter les cellules épithéliales du thymus et de s’y reproduire. Ses travaux ont également permis de mettre en évidence un effet délétère direct de CV-B4 sur les lymphocytes immatures du thymus (thymocytes) qui s’y différencient en lymphocytes T effecteurs », souligne Vincent Geenen.

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